vendredi 6 janvier 2012

Cartographie des rêves

Les rêves ont-ils une géographie fixe ?

J'ai rêvé cette nuit de la Cité du Soleil, et je me suis rendu compte que c'était peut-être le seul lieu onirique que je n'avais pas encore exploité dans mes textes.
Bien sûr je rêve d'endroits réels, même s'ils sont souvent légèrement différents dans mon sommeil (et ces différences sont constantes dans chaque rêve). Mais il m'arrive aussi de rêver de lieux jusqu'alors inconnus, qui tiennent souvent d'une géographie interne, émotionnelle et psychologique.

Au commencement il y eût Cendrécume, une cité-brouillard qui me poussa à écrire un texte, ma première nouvelle. La ville n'était alors qu'une rue grise peuplée de fantômes. Puis elle est revenue, se précisant à chaque rêve, et se mêlant rapidement à mes textes et à d'autres influences. J'ai écris de nombreuses histoires à son sujet, et je compte bien continuer.
Personne n'allait jamais à Cendrécume, cité-brouillard, port abandonné, ville fantôme de l'hiver, du vide, et de l'oubli.
Nul n'y allait jamais, nul n'en revenait, mais tout le monde savait à quoi elle ressemblait.
Tantôt ville hantée dont on murmurait les histoires autour du feu, tantôt ville-poème dont la mélancolie dégoulinait entre les lèvres des poètes assoupis, Cendrécume occupait l'imaginaire des rêveurs qui savaient lire dans la poussière.
Il y eût aussi Limaille, bric-à-brac architectural à moitié brûlé. Je l'ai développée dans L'OEil Clos, et j'en rêve encore régulièrement.

Image tirée du film Sucker Punch

Mais il y a aussi la Cité du Soleil. Elle me semblait être tout le contraire de Cendrécume : des rues animées, des façades dorées (notamment un gigantesque cadran solaire), et sous la cité une rivière d'or en fusion, coeur même de la ville.
Je me souviens très bien de ce premier rêve, je déambulais dans les rues, entre les cracheurs de feux et les jongleurs. Je me demandais ce qui rendait cette cité si belle et brillante. Puis j'arrivais sous la ville, dans ce qui pourrait être des égouts (mais propres !). J'y voyais un courant doré, merveilleux, hypnotique. Je comprenais que c'était le coeur de la cité, la raison de sa vitalité et de sa beauté.
Ce rêve était inspiré par l'espèce de Voie Lactée qui coule sous le monde dans Mushisi, dont j'avais regardé un épisode avant de m'endormir :


Il m'a fallu plus d'un an, et de nombreux rêves de la Cité du Soleil, pour comprendre soudainement qu'il s'agissait de Cendrécume !
Je ne rêvais plus de la cité-brouillard depuis longtemps. C'est en comparant mes villes préférées que j'ai discerné les points communs entre les deux cités : c'était toutes les deux des ports où sillonnaient de vieilles ruelles, des petites maisons en pierre leur donnant une allure médiévale. Je n'avais pas échangé Cendrécume pour la Cité du Soleil, j'avais simplement changé de saison !
Cendrécume s'est imposée à une époque où je piétinais dans ma vie. Une fois l'hiver passé, la cité-brouillard s'est éclaircie et repeuplée pour devenir la Cité du Soleil.
Ou alors était-ce tout simplement parce que je vivais à Lille plutôt qu'à Dunkerque ? La mer m'aurait suivi dans mes rêves le temps de border la Cité du Soleil, puis aurait totalement disparu à l'apparition de Limaille ?

Il faudrait sûrement que je m'adresse à un psycho-géographe pour y voir plus clair, mais pour le moment je me contente du plaisir de déambuler dans ces contrées du rêves, avec mon carnet dans la poche, à prendre des photos qui ne restent malheureusement pas dans l'appareil au réveil...

« Certes, un rêve de beignet, c'est un rêve, pas un beignet.
 Mais un rêve de voyage, c'est déjà un voyage. »
- Marek Halter

3 commentaires:

  1. peur être faudrait il en parler à un(e) pédopsy ?...

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  2. Mais y a-t-il seulement de l'eau à Limaille ? Dans mes paysages oniriques post-apocalyptiques il n'y a jamais d'eau. On se lave dans des douches aux gaz toxiques, on boit des produits douteux ou empoisonnés...

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  3. Non, Limaille marque une rupture : plus de mer !
    Probablement parce que je ne l'avais pas vu depuis longtemps (à Dunkerque je la côtoyais sans cesse).

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